29.01.2009

Comme un nuage

J'écris que des choses mièvres en ce moment. Désolée.

 

Comme un nuage,

Elle se tient les tempes,

Serre fort,

Comme un nuage à l’intérieur.

 

Rêves et souvenirs se mêlent,

Désemparés.

Sous un auvent, en haut d’une montagne,

Elle s’en va en titubant.

 

Comme un nuage,

Elle danse en riant,

Valse,

Comme un nuage à l’intérieur.

 

Sa main à elle, sa main à lui,

Mêlées.

Et sans plus penser, sans plus voir,

Elle part.

 

Comme des nuages,

Tout devient noir et lourd,

Ils rient,

Comme des nuages à l’intérieur.

 

07.11.2006

Parce que l'important, c'est comment tu te sens.

La Cène


Ils sont à table
Ils ne mangent pas
Ils ne sont pas dans leur assiette
Et leur assiette se tient toute droite
Verticalement derrière leur tête.

Jacques Prévert
 

21.02.2006

La Grasse Matinée (Prévert)

C'est l'hiver...les sans-abris meurent de froid dans les rues.

C'est le moment de publier ce magnifique poème de Prévert...

La grasse matinée

Il est terrible
Le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
Il est terrible ce bruit
Quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
Elle est terrible aussi la tête de l'homme
La tête de l'homme qui a faim
Quand il se regarde à six heures du matin
Dans la glace du grand magasin
Une tête couleur de poussière
Ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
Dans la vitrine de chez Potin
Il s'en fout de sa tête l'homme
Il n'y pense pas
Il songe
Il imagine une autre tête
Une tête de veau par exemple
Avec une sauce de vinaigre
Ou une tête de n'importe quoi qui se mange
Et il remue doucement la mâchoire
Doucement
Et il grince des dents doucement
Car le monde se paye sa tête
Et il ne peut rien contre ce monde
Et il compte sur ses doigts un deux trois
Un deux trois
Cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
Et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
Ça dure
Trois jours
Trois nuits
Sans manger
Et derrière ces vitres
Ces pâtés ces bouteilles ces conserves
Poissons morts protégés par les boîtes
Boîtes protégées par les vitres
Vitres protégées par les flics
Flics protégés par la crainte
Que de barricades pour six malheureuses sardines
Un peu plus loin le bistro
Café-crème et croissants chauds
L'homme titube
Et dans l'intérieur de sa tête
Un brouillard de mots
Un brouillard de mots
Sardines à manger
Œuf dur café-crème
Café arrosé rhum
Café-crème
Café-crème
Café-crime arrosé sang!…
Un homme très estimé dans son quartier
A été égorgé en plein jour
L'assassin le vagabond lui a volé
Deux francs
Soit un café arrosé
Zéro franc soixante-dix
Deux tartines beurrées
Et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon
Il est terrible
Le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
Il est terrible ce bruit
Quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim

J.Prévert

30.11.2005

Où es-tu?

Envolé par dessus les cieux
Porté par deux anges merveilleux
En direction du Paradis
Est-ce là que tu es, mon ami?

Ton coeur pur a été pesé
Le bon Osiris t'as jugé
Le royaume des morts t'accepta
Ca s'est passé ainsi, n'est-ce pas?

Le Styx tu as traversé
Hadès et ses juges ont tranché
Te voilà aux Champs-Elysées
N'est-ce pas mon héros, mon aimé?

Ou est-ce dans un autre lieu
Tout de musique et de beauté
Qu'apres les larmes et les adieux
Se reposent les regrettés?

Quel a été ton chemin?
Comment puis-je te retrouver?
Moi qui te cherche, te cherche en vain...
Je te rejoins, je vais sauter...

La Guerre

L'enfant est assailli d'une profonde peur
Agenouillé dans le fossé il est en pleurs

Grand, si impressionnant, étendu l'étendard
Un voile cachant le cortège de brancards
Enfant de la guerre sais-tu qu'il est trop tard?
Rossignol ne pouvant chanter que ta douleur
Ruinée est ta vie comme l'est ton logis; pars
Enfant, jamais la peur ne quittera ton coeur

Feux

L'éclair traverse la nuit
Eclate dans un grand bruit
Et illumine en un éclair
La terre, le ciel et la mer

Longs roulements de tambours
Cris d'enfants et mots d'amour
Feux d'artifices dans les cieux
Main dans la main, yeux dans les yeux

Le feu de joie tombe trop près
Le toit s'embrase et se défait
Les pétards claquent dans la nuit
Les gens tombent sous les fusils

Longs roulements de tambours
Cris d'enfants et mots d'amour
Tous trainés dans les catacombes
Main sur le coeur, yeux sur la tombe