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06.03.2008

Histoire d'amour fou (la bonne blague)

Je participe depuis le début de l'année scolaire à un atelier d'écriture dans le cadre des Activités Culturelles de l'Université de Genève. C'est pas transcendant (on peut pas toujours tomber sur Jacques Probst), mais au moins, ça encourage à écrire, et à écrire des choses auxquelles on ne penserait pas forcément.

Cette année, par exemple, on travaille sur le thème de l'uchronie (par ici pour ceux qui ne savent pas ce que c'est).

Pour le dernier exercice, on devait écrire une histoire d'amour fou, située dans le contexte de l'uchronie que nous avons choisie (malheureusement ce "nous" ne comprend pas ma voix), entre deux personnages présentés lors d'un précédent exercice: j'ai choisi Lorenzo et la fille de la Papesse.

Bon. Voilà donc le contexte dans lequel j'ai écrit le texte qui suit, texte dont je ne suis pas pleinement satisfaite, mais que je poste parce que c'est pas tous les jours que j'écris des histoires d'amour.

C'est terrifiant, d'écrire une histoire d'amour: on a peur d'en dire trop, ou pas assez, ou de sonnez faux, ou d'être mièvre...

Mais trève de bavardages. D'ailleurs, il ne faudrait jamais s'expliquer avant de présenter un de ses textes. Il faudrait que j'apprenne la leçon un jour. 

 

 

 

UNE OMBRE DANS L’OMBRE

 

Une ombre dans l’ombre, le Vatican de nuit.

Comme chaque soir, l’ombre entre dans une petite pièce. Petite, mais douillette et richement ornée. Sur le lit, une jeune fille, le regard presque amusé.

 

« Je t’attendais. »

 

Elle a à peine seize ans, et en paraît moins encore tant elle est blanche et frêle.

Et cet homme, c’est le premier qu’elle ait connu.

Il est entré dans sa chambre un jour, par mégarde, et aussitôt elle l’a aimé, même si elle n’a pas compris tout de suite que le sentiment que lui inspirait cet homme deux fois plus âgé qu’elle était de l’amour. Il faut dire qu’elle n’avait jamais entendu parler d’amour, encore moins de désir.

Depuis, elle passe ses journées à se remémorer les caresses de la nuit précédente, et à se préparer pour les suivantes.

Elle l’attend donc, nue sur le lit, et fidèles à leur rituel ils se dévisagent un instant avant qu’il ne la rejoigne.

Elle fait glisser son regard sur la silhouette de son amant, cherchant comme chaque soir à déterminer ce qui la rend si particulière. Sans trouver. Un soir il lui semble que c’est le dessin des poils sur son torse, le lendemain elle pense plutôt au repli de son oreille, ou encore à l’asymétrie charmante de ses sourcils.

Lui, il admire ce corps si jeune, cette peau plus douce que le plus doux des tissus qu’il a l’habitude de manier. Et il remercie Marie-Madeleine d’avoir envoyé tant de grâce dans ses bras, certain dans sa ferveur qu’elle a agi ainsi pour le délivrer de l’amour sans espoir qui le détruisait auparavant.

 

« Lorenzo. »

 

D’entendre prononcer son nom sort l’homme de sa rêverie. Il se jette avec dévotion sur les seins secoués d’éclats de rire de l’adolescente.

 

Lorsqu’il apportera son habit à la papesse, le visage endormi de l’éphèbe qui aura partagé la couche de la Sainte femme ne sera plus pour lui une torture. Il a pour lui son secret : sa Jeanne, sa petite Jeannette, qui dans toute la fraîcheur de sa jeunesse retrouvée, n’appartient qu’à lui, par la volonté de Celle qui est là-haut…

 

Dans sa chambre, la jeune fille s’endort, rêveuse, souriant aux angelots de son baldaquin qui ne peuvent, dans leur silence d’or, lui faire remarquer qu’il n’a jamais osé lui demander son prénom.

 

Commentaires

Ca ressemble énormément à Marguerite Duras ça... alors comme je suppose que tu ne l'a jamais lu je te recommende "L'Amant" c'est vraiment un livre magnifique.
Bonne lecture! :)

Ecrit par : KodA | 24.04.2008

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