28.05.2007
Parce que je t'aime
- Pourquoi tu ne pleures pas?
- Parce que j'ai déjà trop pleuré, seule dans mon lit. Parce que j'ai peur et que je ne comprends pas, parce que les mots pour dire mon amour ne sortent pas de ma gorge, parce que j'ai honte de ne savoir comment t'aider. Parce que mon seul refuge est ailleurs, dans le silence et dans la solitude. Parce que je sais que j'ai tort et que j'en ai honte. Parce que j'aimerais tellement te savoir heureuse, te voir heureuse, mais que j'ai l'impression d'être loin, si loin de toi, dans un autre monde, parfois.
Tu ne sais pas ce qui s'est passé en moi vendredi après-midi, quand j'ai appris que tu étais à l'hôpital. Quand soudain le monde entier s'est effacé. Quand j'ai réalisé tout ce que je n'avais pas vu. Quand j'ai couru dans le bus, quand j'ai demandé mon chemin aux infirmières. Quand je suis arrivée en section B2, et qu'on m'a fait attendre. Le temps soi-disant de savoir si tu étais disponible. Le temps pour moi de sécher mes larmes, le temps pour mon coeur reprendre sa vitesse normale. Le temps pour mon visage de se recomposer. De dessiner un sourire. Un masque.
Tu ne sais pas ce qui s’est passé en moi vendredi après-midi, quand je suis entrée dans ta chambre et que je t’ai vue, assise au téléphone. Pas l’air malheureuse. Pas l’air malade. Comme d’habitude. Comment j’ai essayé de déceler où se cachait le désespoir qui te déchire. Echec. Un mélange de soulagement intense et de peur de l’inconnu, d’envie de rire et d’envie de pleurer. Les mots qui se bousculent et échouent pâteusement sur ma langue. Pas un son. Comment te dire ? Te prendre dans mes bras, ne pas en parler, il paraît que tu ne veux pas. Faire comme si de rien n’était.
Tu ne sais pas ce qui s’est passé en moi vendredi après-midi, quand je croyais avoir tout pleuré, que je me croyais revigorée par ton apparente santé. Quand j’ai téléphoné chez ma meilleure amie pour aller chez elle parce que je n’avais pas la force de rentrer dans l’appartement vide. Quand je suis arrivée chez elle. Quand j’ai voulu lui expliquer et que je n’ai plus pu respirer. Un sanglot est né dans mon ventre, un long sanglot sonore, et comme un petit enfant je me suis laissée glisser.
Je ne sais pas ce qui s’est passé en moi depuis ce vendredi 11 mai. Impossible de penser, de travailler. Impossible de comprendre pourquoi l’école, pourquoi des examens. Je travaille parce que rien, comme un robot, sans plaisir et sans efficacité. Je simule ma vie.
Et je me donne des baffes. Réveille-toi.
- Pourquoi tu ne pleures pas ?
- Parce que je me donne l’illusion que tu dois me voir forte, parce que la réalité me fait peur, parce que je ne sais pas trouver les gestes et les mots pour te dire. Te dire que je t’aime, et que j’ai besoin de toi. De ta force, de ta vitalité,
De ton courage.
01:05 Publié dans La vie comme elle vient, Textes divers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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Commentaires
Que d'émotions dans ce texte...dans cette vie!
Ecrit par : Enriqueta | 28.05.2007
... on ne pense jamais que le serpent nous guette.
Si proche, si loin à la fois...
halte au racket!
rattrape ta vie pour qu'elle ne t'échappe pas...
Ecrit par : the ugly | 09.10.2007
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